les Basix : cartes PL

les Basix : cartes PL

des cartes PL 3×4″, au motif “quadrillage”, disponibles en 25 couleurs

à télécharger ici :
http://www.teacherspayteachers.com/Product/les-Basix-cartes-PL-1227394

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sans pitié

je suis, au sens premier du terme, totalement impitoyable…
je ne ressens aucune pitié, pour rien, ni pour personne… je n’en ai jamais ressenti dans le passé et j’espère qu’il en sera de même jusqu’à la fin de ma vie… je déteste la pitié, je la méprise… mieux : je la hais, je l’abhorre… si je pouvais éradiquer du monde jusqu’à la dernière once de pitié, je n’hésiterais pas une seule seconde à m’atteler à la tâche !… et si quelqu’un prétendait en éprouver envers moi, je le prendrais comme une insulte, et je raierais dans l’instant de mon entourage l’auteur de ce qui serait pour moi la plus grande offense qui puisse m’être faite : je n’ai rien de « pitoyable » !
par contre, je peux éprouver de la sympathie… je peux ressentir de la peine, ou de la compassion envers quiconque est confronté à une difficulté… je n’hésite jamais à prêter une oreille attentive à qui en a besoin, à aider qui je peux, au mieux de mes possibilités… mais la pitié… non… surtout pas !… il y a une distance, dans la pitié, une condescendance que je trouve insupportable… cela m’évoque la bonne bourgeoise tapotant de sa main – gantée (faut pas déconner, non plus, y’a des trucs qui peuvent être contagieux… la misère, par exemple… peut-être… qui sait…) – la main du clodo auquel elle vient de filer cinquante centimes en susurrant « nous sommes bien d’accord : il ne faut pas l’utiliser pour boire, n’est-ce pas, mon ami ? » qu’est-ce qu’elle veut qu’il en foute, de sa pièce ?… qu’il la mette de côté en attendant d’en avoir assez pour aller dîner chez Maxim’s ?… comme s’il n’avait pas besoin d’anesthésier – dans l’alcool ou la came – la peur, le froid, le dégoût, la violence quotidienne, le sentiment d’avoir tout perdu, tout raté… comme s’il avait besoin de sa pitié bien pensante, comme s’il ne savait pas ce qu’elle pense, à ce moment là : « Dieu merci, ça ne risque pas de nous arriver, à « nous » – à moi – bien mariée, à mon mari – bien payé, à mes gosses – bien élevés, à nos amis – bien triés… », et cela lui permet de discourir sur ces pôôôvres gens, tombés si bas… il n’y a pas seulement de la condescendance, dans la pitié, il y a même du mépris, mais peut-être le plus grand mépris n’est-il pas du côté qu’on pense… j’avais pris l’habitude, à une époque, de m’asseoir à côté d’un de nos « SDF » locaux – comme il faut dire pour être politiquement correct – enfin, personnellement, je trouve que l’intonation est plus importante que les mots : je préfère dire « clodo » avec une certaine sympathie – voire une certaine tendresse, que « SDF » à la façon de certains… bref, de temps à autre, je me posais à côté de Jean-Michel (combien de personnes connaissaient encore son prénom ?), sur un muret, ou sur les marches d’un perron, je lui offrais une clope, et bien souvent, nous nous contentions d’en griller une ensemble, sans même parler… mais je me souviens qu’un jour, il avait désigné du menton la coupe où un passant venait de déposer – de jeter, plutôt – une pièce en me disant « tu vois, petite, j’échangerais tout ce qu’il y a eu là dedans pendant toute la semaine contre ces quelques minutes-là : eux, comment veux-tu qu’ils me voient : ils ne me regardent même pas ! »…
je veux que les choses soient claires : ce que j’ai commencé à publier ici n’a pas pour but d’inspirer la pitié – Dieu m’en garde ! – ni même la sympathie, ou la compassion… je ne cherche rien de tout ça… il s’est juste produit quelques faits, qui, peu à peu, m’y ont amenée…
j’ai toujours à portée de main un stylo et, d’aussi loin que je me souvienne, un de mes « petits carnets », mélange de journal intime, d’ « art journal », de « programme » (je m’intéresse depuis longtemps à la PNL, à la programmation positive et autres disciplines du même ordre), où voisinent pensées, ébauches d’histoires, de nouvelles – voire de romans, croquis, citations, « plans » (pour réorganiser mes meubles, ou pour créer une page de scrap, une carte ou une toile), et, en résumé, tout ce qui me passe par la tête et que je souhaite reconsidérer un peu plus tard !… au départ, j’ai écrit toutes ces choses pour moi seule… ce que j’appelais mon « auto-thérapie » : même si j’ai suivi sept ans de psychothérapie, en trois « époques », réparties sur une bonne quinzaine d’années de ma vie, j’avais aussi besoin de cette « auto-analyse » plus intime, plus personnelle… je l’ai dit, déjà, mais le chemin nécessaire pour faire le deuil de soi-même, de sa vie précédente, dans tout ce que cela implique, est difficile… je crois sincèrement que seul le deuil d’un enfant doit être plus difficile que celui-là… il est long, aussi… pour être honnête, je ne suis même pas sûre d’être arrivée au bout de ce chemin… tout ce que je sais, c’est que j’ai encore des choses à vivre… bref, j’ai donc commencé à écrire pour moi… et puis, un jour, une de mes « codétenues » (nom que nous nous donnions entre nous, les « cas lourds » du centre de rééducation (à peine une dizaine sur les 120 résidents !), ceux pour qui les soins et le travail devaient être intensifs et quotidiens, ce qui nous interdisait de rentrer chez nous le week-end, comme les autres pensionnaires), m’a demandé ce que j’écrivais, et, je ne sais pas pourquoi, je lui ai juste tendu mon carnet, sans un mot… elle s’est plongée dedans et y a passé le week-end, ne s’en échappant que pour ses exercices… et, le dimanche soir, elle me l’a rendu, au bord des larmes, en me disant « c’est « ça »… c’est… c’est exactement ça… j’ai pas les mots pour écrire, moi, mais c’est ça que je ressens »… et trois ou quatre semaines plus tard, sa mère est venue me trouver, en me disant « Caroline m’a dit de venir vous voir, que vous, vous sauriez m’expliquer »… et elle n’a été que la première de beaucoup d’autres…
et puis, trois ans plus tard, une femme est venue frapper à ma porte, la bonne quarantaine, une blonde plutôt jolie, enfin… qui le serait sans doute sans ces yeux cernés qui lui donnaient un air de raton laveur… mais ce qui m’a le plus étonnée a été de l’entendre me dire « je crois qu’il n’y a que vous qui pouvez sauver ma fille »… on s’est assises devant un thé et j’ai attendu… je l’ai laissée dévider le fil de son histoire… une histoire qui était un peu différente de celles que j’avais entendues jusque là : son mari était mort trois ans plus tôt, tout juste la quarantaine, et il s’est effondré un jour sur son bureau : congestion cérébrale… personne ne pense à ça, pas à cet âge, pas chez un homme en pleine forme, qui n’avait jamais eu le moindre souci de santé, la plus petite alerte… trois semaines de coma avant de mourir sans avoir repris conscience… mais le problème n’était pas là, pas vraiment… le problème, c’était que, ce matin-là, leur fille de treize ans s’était disputée avec son père, qu’elle lui avait assené tous les mots qu’une gamine de cet âge peut trouver quand elle veut choquer, quand elle veut blesser… et qu’elle ne supportait pas que ces mots-là soient les derniers qu’elle ait dits à un père que, dans le fond, elle adorait… il m’a fallu l’apprivoiser, et, peu à peu, partager avec elle ce que j’avais vécu durant mes onze semaines de coma… je lui ai dit que je ne pouvais jurer de rien, en ce qui concernait les autres, mais que, moi, j’avais été consciente de tout : des présences, de ce qu’on disait, de ce que je pouvais voir, de ce que je pouvais ressentir, aussi… et que son père avait sans doute entendu et compris ses regrets, ses mots d’amour, sa colère, aussi, contre celui qui était en train de l’abandonner alors qu’elle avait encore tant besoin de lui, malgré tout ce qu’elle avait pu en dire… il a fallu du temps, mais elle a pu, peu à peu, reprendre le cours de sa vie…
alors, si je peux apporter quelques réponses, si je peux apporter cet apaisement à une seule autre personne, cela suffit pour me convaincre de partager encore cette « expérience »… ou, plutôt, plusieurs personnes m’ont convaincue que je devais le faire – moi qui « ai les mots »…
et, aussi, tout cela est la genèse de mon « monde », le « monde d’Is » est né là, dans la douleur, dans cet « accouchement » de moi-même, dans ma seconde naissance, la naissance de ce « moi d’après »… et si je ne partage pas cette partie de moi, cette vie qui est devenue la mienne, tout ce que je fais perd tout sens, toute raison…
alors, entrez, je vous en prie : vous êtes les bienvenus dans mon monde…
juste un détail : s’il vous reste un peu de pitié malgré tout, soyez gentils, gardez-la pour vous… parce que si c’est le cas, j’en suis sûre, vous en avez plus besoin que moi !

moins qu’hier et plus que demain…

Et puis, dans la vie que, peu à peu, vous vous êtes (re)faite, au fur et à mesure que le temps passe, il y a des petites choses, anodines, « pas graves », des « détails »… auxquels vous refusez de prêter attention… Imaginez : par exemple, un matin, vous n’arrivez pas à attacher vos chaussures. Bien sûr, depuis l’accident, ce n’était pas facile : avec, du même côté, un bras qui ne peut plus totalement se tendre et une jambe qui, elle, ne peut plus vraiment se plier, l’exercice n’avait rien de simple… il y a quelques temps (six mois ? un an ?… déjà ?!?…), vous avez d’ailleurs renoncé aux lacets pour des brides et autres velcros (vous boitez, votre équilibre est parfois un peu instable, il faut donc que vos chaussures vous « tiennent » bien aux pieds), et il y a des jours où ça « tiraille » un peu, où l’épaule se fait sensible, le coude plus ou moins douloureux… mais… jusque là, vous y arriviez « quand même ». Mais ce matin-là, vous n’y arrivez pas. Vous réessayez. Rien à faire. Ça ne marche toujours pas. Bon. On va quand même pas en faire un drame, non plus… C’est sans doute passager… y’a pas de raison : vous y arriviez encore pas plus tard qu’hier… il pleut depuis deux jours… vous avez plus mal que d’habitude… ça doit être ça… ça ira mieux… demain… plus tard… quand le temps sera moins humide… Enfin… en attendant, il faut trouver une solution : vous n’allez pas sortir en chaussettes !… Il vous semble bien avoir quelque part une paire de ballerines… ou quelque chose du même genre. Des trucs sans lacets, quoi. Enfin… sans lacets, sans brides, sans rien… Et vous vous dites « bah, pas grave ! » en glissant vos pieds dans vos ballerines, retrouvées au fond du placard… Vraiment, après tout ce que vous avez déjà encaissé, vous n’allez quand même pas vous pourrir la vie pour une histoire de lacets, de brides et autres machins du même genre !… Et vous n’y repensez plus. Enfin… vous arrivez à vous convaincre de ne pas (trop) y penser. Cette fois encore, vous « faites comme si ». Comme si tout allait bien. Comme si c’était anodin. Sans conséquence. Vous fermez bien fort les yeux. Vous vous mettez la tête dans le sable. Et vous pensez à autre chose. Enfin… vous essayez… et puis, comme on s’habitue à tout, vous finissez par ne plus y penser. Vraiment. « Pas grave », quoi… Quelques semaines, ou quelques mois, plus tard, un autre matin, impossible d’enfiler une chaussette. Bon. V’là aut’ chose !… Vous réessayez. Puis vous réréessayez. Puis… Pas moyen !… Avec tout ça l’heure tourne. Et vous n’avez pas que ça à faire !… Alors, c’est pas compliqué : vous vous passerez de chaussettes. Juste pour cette fois. Vous n’y arrivez pas ?… « Pas grave »… et puis… c’est sans doute passager… y’a pas de raison : vous y arriviez encore pas plus tard qu’hier… c’est vrai que ces jours-ci il fait un peu froid… ça doit être ça… vous avez un peu plus mal que d’habitude… ça « reviendra », ça ira mieux… demain, sans doute… ou plus tard… quand la pluie sera moins humide… le vent moins froid… Ça ira mieux. Bientôt. Plus tard. Un jour. Et vous vous dites « bah, pas grave !… » en glissant vos pieds (nus) dans vos mocassins. Ceux que vous avez achetés il y a bien… deux… ou trois mois… Non, parce qu’elles sont bien mignonnes, vos ballerines blanches,  mais ça va en été… alors, un jour pluvieux de septembre, comme vous ne pouviez toujours pas fermer ces fichues brides, malgré de nombreux « essais », vous êtes partie à la recherche d’autres trucs sans attaches, mais pour l’hiver… Bon. Vous vous rendez bien compte que, pieds nus dans des mocassins en décembre, ce n’est sans doute pas l’idéal, surtout avec des poumons fragiles (si : c’est bien connu, votre mère vous le confirmera, on prend froid par les pieds ! Enfin… il paraît… et c’est peut-être pas faux…), mais ce ne sont pas vos trois ou quatre pneumonies et deux pleurésies en une douzaine d’hivers qui vont, si j’ose dire, vous refroidir… De toute façon, vous n’avez pas le choix : vous devez sortir, vous n’arrivez pas à mettre de chaussettes, donc vous sortirez sans chaussettes, un point c’est tout !… Et puis… « pas grave », non ?!… Un peu plus tard, vous renoncerez aux pulls, remplacés par divers gilets et cardigans… puis tee-shirts et polos céderont la place aux chemises – tellement plus pratiques, surtout avec cette épaule toujours un peu douloureuse… et…

Et c’est comme ça que, petit à petit, sans même vous en rendre « vraiment » compte, de nouvelles « limites » s’installent… que vous perdez la capacité de faire les choses, des choses pas si importantes, a priori, des « détails »… mais qui, cumulés, changent considérablement votre vie…