moins qu’hier et plus que demain…

Et puis, dans la vie que, peu à peu, vous vous êtes (re)faite, au fur et à mesure que le temps passe, il y a des petites choses, anodines, « pas graves », des « détails »… auxquels vous refusez de prêter attention… Imaginez : par exemple, un matin, vous n’arrivez pas à attacher vos chaussures. Bien sûr, depuis l’accident, ce n’était pas facile : avec, du même côté, un bras qui ne peut plus totalement se tendre et une jambe qui, elle, ne peut plus vraiment se plier, l’exercice n’avait rien de simple… il y a quelques temps (six mois ? un an ?… déjà ?!?…), vous avez d’ailleurs renoncé aux lacets pour des brides et autres velcros (vous boitez, votre équilibre est parfois un peu instable, il faut donc que vos chaussures vous « tiennent » bien aux pieds), et il y a des jours où ça « tiraille » un peu, où l’épaule se fait sensible, le coude plus ou moins douloureux… mais… jusque là, vous y arriviez « quand même ». Mais ce matin-là, vous n’y arrivez pas. Vous réessayez. Rien à faire. Ça ne marche toujours pas. Bon. On va quand même pas en faire un drame, non plus… C’est sans doute passager… y’a pas de raison : vous y arriviez encore pas plus tard qu’hier… il pleut depuis deux jours… vous avez plus mal que d’habitude… ça doit être ça… ça ira mieux… demain… plus tard… quand le temps sera moins humide… Enfin… en attendant, il faut trouver une solution : vous n’allez pas sortir en chaussettes !… Il vous semble bien avoir quelque part une paire de ballerines… ou quelque chose du même genre. Des trucs sans lacets, quoi. Enfin… sans lacets, sans brides, sans rien… Et vous vous dites « bah, pas grave ! » en glissant vos pieds dans vos ballerines, retrouvées au fond du placard… Vraiment, après tout ce que vous avez déjà encaissé, vous n’allez quand même pas vous pourrir la vie pour une histoire de lacets, de brides et autres machins du même genre !… Et vous n’y repensez plus. Enfin… vous arrivez à vous convaincre de ne pas (trop) y penser. Cette fois encore, vous « faites comme si ». Comme si tout allait bien. Comme si c’était anodin. Sans conséquence. Vous fermez bien fort les yeux. Vous vous mettez la tête dans le sable. Et vous pensez à autre chose. Enfin… vous essayez… et puis, comme on s’habitue à tout, vous finissez par ne plus y penser. Vraiment. « Pas grave », quoi… Quelques semaines, ou quelques mois, plus tard, un autre matin, impossible d’enfiler une chaussette. Bon. V’là aut’ chose !… Vous réessayez. Puis vous réréessayez. Puis… Pas moyen !… Avec tout ça l’heure tourne. Et vous n’avez pas que ça à faire !… Alors, c’est pas compliqué : vous vous passerez de chaussettes. Juste pour cette fois. Vous n’y arrivez pas ?… « Pas grave »… et puis… c’est sans doute passager… y’a pas de raison : vous y arriviez encore pas plus tard qu’hier… c’est vrai que ces jours-ci il fait un peu froid… ça doit être ça… vous avez un peu plus mal que d’habitude… ça « reviendra », ça ira mieux… demain, sans doute… ou plus tard… quand la pluie sera moins humide… le vent moins froid… Ça ira mieux. Bientôt. Plus tard. Un jour. Et vous vous dites « bah, pas grave !… » en glissant vos pieds (nus) dans vos mocassins. Ceux que vous avez achetés il y a bien… deux… ou trois mois… Non, parce qu’elles sont bien mignonnes, vos ballerines blanches,  mais ça va en été… alors, un jour pluvieux de septembre, comme vous ne pouviez toujours pas fermer ces fichues brides, malgré de nombreux « essais », vous êtes partie à la recherche d’autres trucs sans attaches, mais pour l’hiver… Bon. Vous vous rendez bien compte que, pieds nus dans des mocassins en décembre, ce n’est sans doute pas l’idéal, surtout avec des poumons fragiles (si : c’est bien connu, votre mère vous le confirmera, on prend froid par les pieds ! Enfin… il paraît… et c’est peut-être pas faux…), mais ce ne sont pas vos trois ou quatre pneumonies et deux pleurésies en une douzaine d’hivers qui vont, si j’ose dire, vous refroidir… De toute façon, vous n’avez pas le choix : vous devez sortir, vous n’arrivez pas à mettre de chaussettes, donc vous sortirez sans chaussettes, un point c’est tout !… Et puis… « pas grave », non ?!… Un peu plus tard, vous renoncerez aux pulls, remplacés par divers gilets et cardigans… puis tee-shirts et polos céderont la place aux chemises – tellement plus pratiques, surtout avec cette épaule toujours un peu douloureuse… et…

Et c’est comme ça que, petit à petit, sans même vous en rendre « vraiment » compte, de nouvelles « limites » s’installent… que vous perdez la capacité de faire les choses, des choses pas si importantes, a priori, des « détails »… mais qui, cumulés, changent considérablement votre vie…

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